Boniface Humpsteg, de Cape Verde, a documenté le sofa menteur ainsi :
ne présentant aucun signe extérieur d'excentricité, le sofa menteur est un piège difficile à éviter : ce qui se passe est que progressivement, l'occupant du sofa se met à mentir jusqu'à entraîner son entourage dans des situations inconfortables, voire dangereuses. On peut lui opposer le coussin silencieux, qui cloue le bec à son occupant, et le tabouret rieur, qui plonge dans l'hilarité, ou tout au moins dans la bonne humeur les plus récalcitrants. Mais le sofa menteur reste dangereux, notamment à cause de ses intermittences. On peut l'utiliser plusieurs années avant qu'il ne se révèle sofa menteur ; et tout à coup, au détour d'une conversation, on découvre que son occupant se contredit, raconte des histoires impossibles, nie l'évidence, se crée une fratrie imaginaire de vikings sanguinaires, et une carrière dans l'armée. L'armée est en général un symptôme qui ne trompe pas : le sofa menteur attire ses occupants sur des sujets
récurrents, et les atrocités guerrières y figurent en bonne place. On peut aussi mentionner l'invention de prouesses sexuelles, quoique ce sujet soit trop répandu pour être imputé uniquement au sofa menteur. Les conséquences à long terme peuvent une sérieuse imprégnation des mensonges, ce qui fait que même sur une chaise correctrice l'occupant insistera sur son oncle qui a tué ces 3 allemands cette fameuse nuit d'hiver sur le pas de sa porte. On imagine volontiers que cette personne, mise en face d'un sofa menteur rempli de nouveaux occupants n'aura aucun mal à se faire entendre, et c'est ainsi toute une chaîne d'histoires contradictoires, de généalogies chaotiques et de héros fumeux qui se déploie comme la fumée des cigares. Du reste, les cigares ont été utilisés pour prévenir les menteurs victimes du sofa menteur mais pour l'instant sans résultat probant.
Finalement, c'est encore la propagande d'état qui s'est intéressé de plus près à ce phénomène ; si nos informations sont exactes, et comment pourraient elles être complètes puisqu'elles contiennent des secrets d'état ?
De nombreux tests et tentatives ont été faits sur l'utilisation systématiques du sofa menteur dans les ministères, les palais gouvernementaux, ainsi que dans les cabinets décisionnels les plus cachés, ceux dont les tentures rouges et la dimension discrète ne présagent pas seulement de plaisirs charnels tarifés mais aussi de décisions politiques radicales et destructrices. On a avancé, sans doute outrageusement, que le sofa menteur avait ainsi contaminé la plupart des sièges occupés par les hommes de pouvoir et de décisions, que ce soit politique, judiciaire ou industriel.
Malheureusement, des études un peu sérieuses ont montré qu'il n'en était rien, et même si depuis plusieurs siècles aucun sofa menteur ne s'est réveillé, la situation ne s'est arrangée nulle part, les mensonges prospèrent, et ce malgré les protestations véhémentes des instances décisionnelles qui veulent rejeter la responsabilité sur ce malheureux meuble.
On considérera donc avec mépris les cérémonies de brûlages publics de sofas autour des bâtiments publics, symboles bien frelatés d'une conscience à jamais corrompue.

 

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