par le chanoine St Quentin-Sylvestre


"Lorsque la parole se tait, le silence se remplit progressivement par la pensée, que l'on peut, avec du soin et de la concentration, entendre sous forme d'harmonie. La coulure de ces harmonies est bien sûr dépendante des pensées qui la précèdent, et on ne s'étonnera pas plus de voir des accords lumineux et résonnants dans le cas de pensées élevées et virginales, et que des accords arrachés et hargneux quand les hommes ont des pensées impures. Après, peut-on imaginer une adéquation parfaite entre les pensées et la couleur de l'harmonie ?
Nous avons fait des tests, nous avons fait intervenir les mêmes personnes qui pensaient à des choses différentes, et inversement des personnes différentes qui pensaient à la même chose. Eh bien le résultat est plus complexe qu'on le croit ; non seulement les feuilles de la pensée s'envolent et la musique reste la même, et aussi inversement, il se peut fort que tels des grands voiliers si loin qu'on ne distingue plus qu'une tache blanche des bribes de pensées flottant dans une pièce émettent des sons si singuliers que personne ne songerait à les associer.
Découverts par le grand prêtre Johnston, ces demies-correspondances ont été considérées parfois comme pathologiques, tandis que personne ne s'étonne que quelqu'un pratique un instrument pendant des années sans savoir pourquoi, ni quel sens possède le résultat.
Donc que ce soit maladif chez certains sujets (on raconte par exemple que Johnston était si sensible qu'il pouvait savoir à quoi les gens pensaient rien qu'en entendant les harmonies résultantes, à tel point qu'il a du s'isoler de la société des hommes pour ne pas être en permanence dans une situation de voyeurisme mental). Ce qui est plus intéressant est que Johnston a fini sa vie en consignant ce que la Nature lui enseignait sous forme de rémanences harmoniques, c'est-à-dire rien d'autre que le son produit par ce que l'on ne peut pas appeler de pensée, mais peut-être une forme d'activité intelligente des plantes, des arbres et des pierres. En sachant que chacune d'entre elle émet quelque chose, qui se modifie au gré au des saisons, des heures de la journée, et que la mer émet un puissant et permanent rugissement lointain, nous ne pouvons qu'être émerveillés de penser qu'il a atteint l'écoute du son du monde, la voix de la nature, au sens propre.

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