Les fleurs géantes de l'ile de Bohomée ressemblent plus à des avions de chasse qu'à des végétaux, et la raison en est qu'elles poussent à côté des champs d'aviations où les avions sont entreposés, et où elles ont comme modèle ces nobles végétaux aériens de métal. Or, nous le savons bien pour nous-même, n'avons nous pas tendance à imiter ce qui nous est proche, ce qui nous est cher, aussi proche et cher que cela vient de notre plus tendre enfance ?
Donc nulle surprise que les fleurs géantes soient fuselées, grises, avec des cockpits gonflés d'appareils incompréhensibles.
Bien des nations ennemies nous envient ce noble végétal, mais que nenni, sa préservation est affaire de sécurité nationale, et la cueillette et la vente des fleurs de Bohomée se fait de manière extrêmement contrôlée, par le Colonel Enfiaz, Dombbrozzo Piccolo Enfiaz, dont la moustache virile fait si belle impression dans les champs.
Lorsque, muni de son sécateur puissant, son petit panier d'osier dans le coude gauche, qu'il se penche pour couper clac ! les fleurs-avions, les dames de l'île se pressent sur le débarcadère, croyez-moi !
Mais il n'en a que faire : pourrait-il se laisser perturber par des pulsions aussi basses, alors que son rôle est si envié, important, précieux, et requiert toute son attention ? A peine un regard (altier) porté vers l'horizon infini, encombré irrégulièrement par quelque envol admirable d'un avion véritable, un espoir frémissant chez les dames (les observerait-il ?) et encore le Colonel se penche en avant vers l'objet de sa quête : sa montre, perdue il y a déjà vingt ans de ça dans ce satané champ, montre offerte par sa maman, à qui il n'a pas encore oser avouer la faute.

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