Vie d'Ernest Descatiaux

“Descatiaux est le début, la fin, et une petite partie du milieu de la pensée scientifique appliquée à la recherche musicale.”
Aparastre Berniflore, les lieux-dits de Moselle, chez Maman, 134 AG

 

 

 

Charles-Edmond (dit Ernest) Descartiaux (de son vrai nom Charles-Marie-Ernest-Edmond-Charles-Edmond Descaourtiaux-Valette de Pré-Saint-Cyr) est né à Loinog (Haute-Vienne Maritime) le 12 mai 1842 AG, et est décédé à Santa Fex en 2009 AG. Son œuvre est théorique et esthétique.
Descourtiaux a passé son enfance dans le village d'Hagondange, dans le nord-est de la France, dans un milieu de noble déchus. Quoique d'une famille à particule, et n'ayant de ce fait jamais eu à travailler à la mine comme la plupart des hommes de la région, son enfance a été marquée par ce décor et ce milieu social : le pays minier. Parmi les activité musicales très développées dans cette région, les orchestres d'harmonie étaient pour l'enfant Descourtitaux des plus marquants :

 

"Je regardais, mi-fasciné, mi-terrorisé, les cohortes d'être mi-humains mi-tubes de métal marcher ensemble, envahissant les rues comme des créatures extra-terrestres, qui auraient été mues exclusivement par le son puissant et entrainant de leurs membres métalliques. La fascination même qu'ils exerçaient sur la population, amassée sur les trottoirs pour les voir et les entendre, ajoutait de l'étrangeté à leur caractère menaçant, jovial pourtant, et annonciateur d'une victoire ou d'une découverte qui ne venait jamais.
(lettre à Charles Trugnon, 12 mai 1938 AG)

 

Descourtiaux fit ses études d'ingénieur aux Ponts-et-Chaussées dont il sortit honorablement en 1919 AG. Il avait fort peu appris la musique, n'était-ce quelques chansons partagées en famille pendant son enfance. C'est donc vers la trentaine, alors qu'il était ingénieur à la direction départementale de la voirie de Rubignon en Moselle, que mûrit son projet orphéo-holographique.
Associant ses connaissances en optique, en cinétique et en musique, il résolut cette question qui le taraudait depuis longtemps : si les orchestres de rue, harmonies, et orchestres orphéoniques étaient destinés à annoncer de grands événements, des nouvelles formidables, et que ceux-ci n'apparaissent jamais, n'est-ce pas à cause d'un défaut d'information ? En d'autres termes, peut-être s'agit-il simplement d'anticiper ces grands événements et de les annoncer dignement pour les faire venir, comme les jappements des chiens font venir l'orage.
Il résolut donc de développer un appareil qui lui permettait à la fois de déchiffrer les signes avant-coureurs d'événements majeurs (victoire militaire, découverte scientifique, naissance d'un génie, victoire définitive de l'équipe de France de cricket), et d'en composer immédiatement la musique orphéonique afin non plus de célébrer l'événement mais de l'annoncer.
La première phase fut plutôt aisée, car grâce à une combinaison habile de prévisions météorologiques, de statistiques complexes, d'une certaine imprécision quant à l'objet annoncé, de lectures assidues de grimoires complexes à forte qualité divinatoire (Reader's Digest), il parvenait aisément à faire apparaître sur son écran holographique les scènes importantes de l'actualité à venir.
Certes, certaines de ces images étaient ambiguës, demandaient une interprétation parfois ardue et même aux yeux de certains, discutables.
Mais au bout de quelques années d'affinement de ces méthodes, Descatiaux parvint à une précision enviable, et à une représentation visuelle fort réaliste des événements marquants des prochaines années.
Ah ! Quel bond dans la connaissance ! Enfin la question de l’avant et de l’après, la question du temps soulevait son voile épais !
Voici, simplifié, le schéma de son appareil holographo-prévisionnel (la phase musicale, orphéonique, apparait plus loin dans notre étude).
Cette première phase fut achevée le 8 novembre 1927 AG, alors que Descartioux n'était agé que de 84 ans !
Il fallut alors passer à la seconde étape, à savoir l'interprétation de ces futurs événements représentés sur les images holographiques, en musique, et la faire jouer par les orchestres d'harmonie locaux.
Pour ce faire, Descourtilles utilisa un procédé de son invention, qu'il appela dans son article fondateur "Auto-graphie divinatoire de transcription holographique en musique orphéonique, une approche synthéo-mixologique", l' holo musique.
Il s'agit, très brièvement (tempus fugit !), de ceci :
Pour Descourtailles, demander à un compositeur d'écrire une Ouverture Triomphale ou une Marche pour honorer le scientifique de génie qui vient de naître aurait été un progrès, certes, mais tout de même, un peu un arrêt au milieu du gué ; en vérité, l'image holographique, seule ! avait droit, par son statut divinatoire, de donner à l'événement une correspondance sonore, sans que les hommes, malheureusement enfermés dans leurs préoccupations dérisoires et l'étroitesse de leurs vues n'interviennent, sinon pour la jouer avec les outils idoines, et ainsi donner des ailes à sa sublimité : hélicon, tubas, trombones basses, orphéons et grosses caisses.
Son invention technique fut donc de court-circuiter le compositeur en fabriquant un appareil destiné à la transcription en sons des images holographiques divinatoires : le transcrilophone.

 

 


Temps béni !


Cet appareil chéri est capable de réaliser entièrement, sans vile intervention humaine, la transcription d'une image holographique en partition.
Le résultat a été baptisé holomusique, par son inventeur himself, le grand Charles-Edmond Descartoux.
En voici la description sommaire :


Fig. 130 Cette première version du transcrilophone de Descartoto est capable de transcrire sur une seule portée (le résultat est appelé cantus descartius, par référence au cantus firmus grégorien) cliché Descartiaux.

 

 

Descarteux réalisa plusieurs versions de son appareil complet, ce qui nous a permis d'en conserver deux en bon état de fonctionnement. Ils sont aujourd'hui exposés au Musée des Philosophes Naturels Mosellans, 3 rue du chax, Hagondange, proche du charmant village où Descourteux a passé son enfance, village qui a connu la joie de vivre des années durant des concerts publics, événements sonores de plein air qui ont grandement marqué les esprits. Ils se tenaient à des moments incongrus en apparence, mais qui révélaient bientôt leur pertinence, lorsque la réalité s'emparait de leurs prévisions, (naissances, morts, victoires, records de toutes sortes), car ils étaient toujours (et je pèse mes mots) suivis d'événements correspondants, événements que d'aucuns, hommage suprême, ne manquaient pas de trouver décevants au regards de la formidable projection sonore de notre héros.
Descatiaux a accompli son rêve : rendre à la musique son pouvoir orphique, et l'offrir au monde, non plus comme objet de contemplation esthétique, mais comme effecteur de réalité.

 

Une des conséquences directes de cette découverte, est la remise en cause de l’avant et de l’après, de la séquentialité, seule certitude quant à la nature du temps.
Mais qu’est-ce que la séquentialité pour un génie ? une ébauche, une esquisse, une trace, un esquisse, un brouillon. Peut-il s’en satisfaire ?
Non non non, non merci.
Il passa ses dernières années à travailler aux ombres sonores, l'autre versant du son : sa relation abstraite aux choses du monde, hors de sa réalisation temporelle.

 

 

L'axiome analogiste

Descatiaux : Mémoires d’un vieil orphéoniste, volume VI, p. 235-259, énonce son premier axiome analogiste :

 

 

A chaque chose du monde, physique comme morale, spirituelle, chimique ou abstraite, correspond un être musical, qui le suit comme une ombre, et qui vibre et sonne dès que cette chose est mise en mouvement, soit physiquement, soit par la pensée.

 

ex :

 

 

 


Nous pouvons multiplier à l'infini les exemples de correspondances, que Descatiaux appelle ombres musicales : c'est inutile, il suffit de penser à une chose pour être immédiatement confronté à son double sonore.
A vrai dire, il y a autant d'ombres sonores qu'il y a "de choses sur la Terre et dans le Ciel".
Apparait immédiatement une question centrale : quid de la musique ? Si chaque chose possède son double sonore, que dire d'une œuvre musicale ? un quatuor de William Sungynt, une chanson d'Ariston Dubuisside correspond-elle à une chose, des choses ?
Selon Descatiaux, (cahier brun, II. p. 236, note 43), chaque œuvre, chaque note de musique n'est qu'un assemblage savant et complexe de ces différentes choses. Si l'on pouvait voir à quelle chose correspond un quatuor de Sungynt, on serait peut-être étonné de voir une demie chaussure emboîtée dans un réverbère, ou peut-être un corbeau perché sur un maquereau géant au milieu d'une vallée remplie de serpents luisants.
Comment le savoir ?

 

Revenons à la question, centrale, de reconnaissance scientifique des ombres sonores.
Il existe une machine qui permet de reconnaître auditivement la musique d'une chose, et ainsi prendre connaissance de son ombre sonore.
Cet appareil, inventé par Descatiaux, en association (dont la nature est très mal connue) avec le docteur Orloff, permet à un récepteur assis sur un fauteuil, de se concentrer sur une chose de son choix, et que l'énergie électrique ainsi diffusée par son cerveau soit captée par l'appareil qui la transforme en ombre sonore, selon les principes les plus récents et les plus rigoureux de la théorie descatienne.
Les membranes que fixe visuellement le sujet servent à aider la concentration, tandis que sur l'image de droite on voit bien le fil qui transmet à la machine les informations électriques concernant la chose imaginée par le sujet.

 

Il faut préciser que l'usage de cet appareil est pour l'instant exclusivement scientifique : il permet de retrouver dans certaines conditions, et avec une faible marge d'erreur (en fait due à l'imprécision ou aux parasites dans la concentration du sujet, ou ses pensées secondaires), l'ombre sonore qui correspond aux choses du monde, dans toutes leurs diversités.
Cette machine a d'autre part été utilisée sur des groupes, afin de tester l'universalité du procédé. On a donc donné un mot à chacun des membres de l'assemblée, sans qu'il y ait de discussion préalable entre eux, et tous se sont concentrés simultanément.


Séance collective de recherche d'ombre sonore, aussi appelé corps sonore des choses, par le groupe dissident des Chosistes du monde sonore. ici : la lune

 

 

L'hypothèse de l'expérience étant que l’ombre sonore obtenue, réduite aux parties communes à chacun des sujets est celle que l'on peut considérer comme la plus proche de l’ombre sonore réelle.
Jusqu'à présent, il est impossible de dire si des facteurs extérieurs (conjoncture économique, température extérieure, langue maternelle) influencent les sujets de manière identique. Il faudrait tenter la même expérience avec des chinois, et des indiens d'Amérique par exemple, puis la reproduire dix ans après, etc. La finesse d'analyse deviendrait ainsi extrême : on n'aurait plus seulement l’ombre sonore qui correspond aux choses, mais aussi une définition de ces choses elles-même, esquissant ainsi, pourquoi pas, une théorie de la réalité.
Les résultats que donne Descatiaux dans ses Mémoires d’un vieil orphéoniste, volume VI, p. 260-261 ne sont que le début de transcriptions massives réalisées avec quelques sujets. Nous donnons ici le mot désignant la chose, et le début de ces délicieuses fleurs d'ombres sonores, dans une version simplifiée pour le piano, pour d'évidentes raisons pratiques.
En regard de la partition musicale est donnée une image qui favorise la concentration sur la chose désignée.

la chaussure


illusion


la mariée

 

 

 

On admirera la tristesse et l'élan si particulier qui caractérise la musique de la mariée, comme si les qualités d'une future épouse pouvaient se refléter dans sa "signature musicale" (pour reprendre une expression chère à Charles Trugnon).

 

Pour finir, revenons sur la question importante de la musique : si chaque chose, chaque objet de pensée possède son ombre sonore propre, ou plutôt si à chaque objet de pensée correspond une musique, un objet musical, qu'est-ce qu'un compositeur ? En quoi son rôle se distingue-t'il du collectionneur de papillon ?
Eh bien il nous semble clair aujourd'hui que le compositeur qui bénéficie d'une éducation musicale, d'une technique qui lui permettent d'appréhender les mécanismes sonores des choses du monde, peut ainsi les restituer plus sûrement, plus finement.
Certes, on peut se demander si cette technique ne jouerait pas a contrario, poussant le compositeur à gâter son sujet par excès de connaissance, à vouloir lui imprimer une marque personnelle, ou stylistique, ou culturelle, en décalage avec la nature de cette chose.
Cela ne se peut, car il y a autant de choses dans le monde, et dans le monde des idées qu'il y a de musique possible. Donc si un compositeur prétend nous faire entendre la musique, disons, de la pâte à bois, on peut à la rigueur le soupçonner d'imprécision, mais qu'importe finalement, puisque si ce n'est de la pâte à bois qu'il s'agit, peut-être est-ce du marbre, d'une fenêtre ou encore de quelque rêve éveillé, en tous cas à on peut énoncer le deuxième axiome analogique :

 

Si à chaque chose du monde correspond une ombre sonore, à chaque son correspond une chose du monde.
précision :
Ce son peut correspondre entièrement, partiellement à cette, à ces choses.

 


Si l'on pouvait se représenter physiquement toutes les musiques possibles, on aurait une représentation parfaite du monde. La musique n'en est qu'une carte, à bien des égards incomplète, tout au moins la musique connue à ce jour.

 

J'ai reçu il y a peu une lettre d'un homme d'Eglise qui commente en ces termes les travaux de Descatiaux :

 

"Si à chaque chose du monde et de la pensée correspond une musique, ne serait-il pas plus sage d'imaginer qu'aux choses naturelles correspondent des sons naturels (certes parfois cachés à nos oreilles), et que ce que l'on entend par musique serait plutôt la projection de l'homme sur les choses de l'esprit ?"
(chanoine de St Quentin-Sylvestre)

 


A cela je réponds deux choses :
- la machine de Descatiaux prouve qu'à chaque projection mentale correspond une musique, qu'il s'agisse d'un objet du monde ou de la pensée une production de la nature, ou de l'homme.
- distinguer l'homme des objets, et les choses des pensées n'a pas été probant dans les tests effectués jusqu'à présent. Eh oui !
- Confondre les sons qu'émettraient les choses dans leurs progressions naturelles (grincement d'une porte, bruit de la mer) et leur ombre sonore revient à confondre l'homme ou la chose et son souvenir, c'est-à-dire une image de cette chose construite par notre oreille, à toutes fins pratiques, mais qui ne correspond pas à la réalité du son de cette chose, comme le souvenir qu'on a d'une chose n'est pas la chose elle-même.
Restent des questions passionnantes :
Quelle est l'ombre sonore d'une ombre sonore ?
Est-ce que chaque ombre sonore a une ombre sonore ? Différente ?
Et ce jusqu'à l'infini ? Est-ce que deux ombres sonores peuvent partager une même chose ? si oui, sur quel critère ?
Etc.

 

 

 

ajout tardif

 


L'œuvre de Descatiaux vient de connaitre un développement aussi soudain que prometteur : suite à ses travaux de captation et description de la musique naturelle des choses du monde, une firme anglaise, la Lloyd & Lloyd vient de mettre au point un appareil portatif qui permet, selon ses concepteurs, de se déplacer et, à l'aide d'un casque qui capte l'énergie électrique du cerveau, puis de sa transcription instantanée, enfin de son interprétation immédiate, par le Bournemouth Philharmonic Orchestra, cet appareil permettrait donc d'entendre et de voir simultanément la chose et son ombre sonore.
Oui, même si cela est sans doute prématuré, on ne peut guère s'empêcher de rêver à des promenades sonores où le son, la musique naturelle des choses accompagnerait sans heurt l'œil. Enfin les sens vue/ouïe seraient en phase pour révéler l'ordre invisible du monde au cerveau.
Ici revient Wolff Pingping : dans son ouvrage controversé Des sons et des hommes, il avance la thèse que ce monde sonore ne suit pas le monde connu, mais le précède, le fabrique, même :

 

 

 

"Les planètes se déplacent en décrivant des courbes, des ellipses, et les distances qui les régissent sont numérables, autant que leur influence sur nous est indéniable.
Mais l'idée que ces mouvements sont spatiaux est en fait un défaut de notre vision : le mouvement des planètes étant lui-même sonore, (et cette idée est aussi ancienne que la philosophie grecque) il affecte notre monde sonore supérieur, celui des ombres, qui, se modifiant, modifie les formes visibles par l'œil, ainsi que nous-mêmes."

Chanoine St Quentin-Sylvestre, commentaires sur Des sons et des hommes, in Libera libera me, Florence 1245 AG.

 


A suivre...
 

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